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La diversité en région, parlons-en!

Par 2 janvier 2021 Real talk

2020 fut assez mouvementée en émotions. Pour bien commencer cette nouvelle année, je voulais aborder un sujet qui me tient à cœur: la diversité dans les régions québécoises en tant que femme de couleur.

Une de mes premières randonnées à l’Acropole des Draveurs, 2017

Il y a quelques mois, j’ai écrit un article sur mon expérience au parc régional du Massif du Sud, et j’avais reçu un commentaire qui débutait par ceci: «Très intéressant, vu par des yeux différents, gens de la ville, femme d’un autre pays très beau.» En lisant et relisant ce commentaire, j’avais plusieurs questions: «Avait-elle lu ma biographie? Savait-elle que je suis née au Québec et que mon pays, c’est bel et bien ici? Le fait que j’ai des origines d’ailleurs était-il si important à énumérer? Avait-elle simplement mal exprimé ses mots?» Je ne savais pas quoi en penser. Évidemment, j’étais un peu déçue et découragée par ce commentaire; j’ai vécu toute ma vie au Québec et je suis Québécoise, mais je suis tout de même considérée comme une femme «d’un autre pays» dans les yeux de certains. Comme plusieurs personnes cette année – avec des histoires comme celles de George Floyd et Joyce Echaquan – je me suis dit qu’il fallait que les préjugés envers les autres s’arrêtent. Normalisons davantage les personnes de couleur dans les régions québécoises parce qu’elles ne sont pas toutes localisées à Montréal et elles veulent, elles aussi, découvrir la beauté de notre province.

Lorsque je quitte la grande métropole pour explorer nos belles régions du Québec, j’ai toujours une petite crainte de la perception des autres envers mon égard. Par exemple, le simple fait que je peux me faire regarder 3 à 5 secondes de plus par d’autres randonneurs ou par quelqu’un dans un supermarché en région pour déterminer d’où sont mes origines, je trouve que ça n’a plus sa place. En randonnant l’été, j’essaie souvent de garder mes lunettes de soleil pour cacher mes yeux légèrement bridés pour éviter justement ces regards; pourquoi devrais-je faire ça? Des fois, en payant pour un accès dans un parc, on m’a parlé directement en anglais, assumant que je ne puisse pas leur répondre en français; je me suis dit dans ma tête: «Je sais que cette personne essaie d’être gentille, mais ce micro-geste me blesse tout de même».

Fabrice Vil, fondateur de Pour 3 Points, a écrit quelque chose qui a beaucoup résonné avec moi dans son essai avec Beside: « En randonnée, sur les pentes de ski et autour des lacs, mon corps noir se sent parfois isolé. Mes yeux cherchent activement — mais subtilement — ceux et celles dont la peau présente un taux élevé de mélanine. Et lorsqu’ils trouvent et que nos regards se croisent, nous hochons simultanément la tête d’une manière imperceptible. Comme pour nous dire mutuellement: je te vois. » Je partage énormément ce sentiment lorsque je suis à l’extérieur du 514. Des fois, c’est presque réconfortant de croiser quelqu’un qui n’est pas caucasien puisque j’ai beaucoup moins l’impression de me faire juger, même encore à l’âge de 30 ans. 

Et donc, pour rendre les personnes de couleur un peu plus à l’aise lors de leurs aventures au Québec (lorsque ce sera permis!), j’ai quelques petits conseils à recommander aux personnes/randonneurs/sportifs expérimentés en région:

1- Dites bonjour et souriez à TOUTES les personnes que vous voyez sur les sentiers. Ne pas assumer qu’ils ne parlent pas français!

2- Regardez chaque personne que vous croisez comme un(e) ami(e) que vous n’avez pas encore rencontré; quelqu’un qui veut simplement profiter de la nature, comme vous.

3- Si vous voyez quelqu’un essayer un nouveau sport d’été ou d’hiver pour la première fois, encouragez-les. Pour moi, une de mes plus grosses peurs est d’échouer devant des gens qui me jugent… ça peut être extrêmement démoralisant. Nous aussi, on aimerait essayer des nouveaux sports qu’on n’a pas faits durant notre jeunesse!

4- Si vous avez des questions quelconques sur nos origines, demandez-nous! On aime mieux ça que des regards intimidants.

5- SVP: pas de blagues sur notre bronzage ou notre couleur de peau. «T’es rendue bin noire, je suis jaloux!». Non, ça ne se dit pas. 

6- Suivez des gens de différentes origines sur vos réseaux sociaux; vous allez voir, ils sont humains comme vous et vous avez peut-être plusieurs points en commun.

J’espère que cet article vous éclaira un peu plus sur ce qu’une personne de couleur ressent lorsqu’elle explore les différents sentiers du Québec, ou même ce qu’elle peut ressentir dans sa vie au quotidien. Je crois qu’il est important de délaisser les préjugés que nous avons envers n’importe quelle personne qu’on croise et qu’on côtoie. Cet article n’a pas comme but d’attaquer, mais de favoriser une prise de conscience sur nos comportements et la manière dont nous interagissons envers les gens qui n’ont pas la même génétique que nous.

À mon mari, ma famille et mes amis québécois, je vous remercie pour votre gentillesse et votre amour envers ma personne, peu importe mes origines. Merci aux Filles du Nord pour cette plateforme – de me laisser rédiger ces pensées qui me passent par la tête depuis un certain temps maintenant.

Les Éboulements à Charlevoix, 2020
Mary Soueidan

À propos de Mary Soueidan

Née à Montréal de parents originaires de l’Asie et du Moyen Orient, Mary a toujours eu le goût de voyager à travers le monde. Par contre, elle n’avait toujours pas exploré les belles régions du Québec… jusqu’à temps qu’elle rencontre son mari saguenéen à la mi-vingtaine! Grâce à lui, elle a appris à faire de plus en plus de randonnées, du canot, du camping, et elle peut maintenant profiter de l’hiver en raquettes - choses qu’elle n’avait pas fait durant sa jeunesse. Mary travaille présentement comme ergothérapeute. Elle partage son temps entre sa ville natale et le Saguenay-Lac-Saint-Jean pour visiter sa belle-famille; c’est une région qu’elle a appris à grandement apprécier à travers les années. Elle est passionnée par la photographie, la découverte de produits locaux, la lecture sur une plage, en plus de trouver les meilleurs couchers de soleil du Québec. Elle espère vous faire découvrir la beauté du Saguenay à travers ses yeux de “fille de ville”, les astuces qu’elle a dû apprendre pour bien explorer la province en tant qu’adulte débutante, et ses pensées sur l’exploration des régions en tant que minorité visible.

1 commentaire

  • Avatar Lucie Martel dit :

    Merci pour ce beau partage Mary. Sincèrement, sur l’une des photos ci-haut, tu ressembles à ma propre fille, 100% caucasienne qui se fait souvent questionner sur ses origines ethniques. Comme elle, tu rayonnes de l’intérieur. Les québécois n’ont pas l’habitude de croiser des regards aussi lumineux et chaleureux. C’est mon explication!

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