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Quand ma ville se tient debout

J’habite dans une petite ville éloignée en Abitibi. Déjà, la région est éloignée, la ville l’est encore un peu plus. Ce n’est pas gros, il n’y a pas tous les services, mais on s’y sent bien. Il y a quand même les commodités dont on a besoin. C’est environ 9000 habitants tout au plus qui habitent La Sarre. Si on compte les villages voisins, notre région compte environ 22 000 habitants. Dans les grands centres, ils diront de nous que tout le monde se connaît, que nous n’avons pas de télécommunications semblables à celles disponibles dans leur coin.

Faux et encore faux. On ne se connaît pas tous, mais chacun d’entre nous connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un d’autre. Et les télécommunications sont les mêmes : internet, cellulaire, télévision et réseaux sociaux.

Réseaux sociaux et petits milieux ne font toutefois pas toujours bon ménage. Ici, les rumeurs partent aussi vite qu’un couguar affamé. Parfois, il arrive que des choses se sachent trop rapidement.

Malgré cet inconvénient de taille, ma ville se tient debout et arrive à faire taire les rumeurs lorsqu’un drame survient. Que ce soit la mort d’une enfant, le suicide d’une personne connue ou d’un incendie qui fait d’importants ravages, les gens se tiennent et s’entraident. 

Dernièrement, l’école dans laquelle je travaillais depuis seulement quelques mois a subi un important incendie qui a engendré des pertes immenses pour les enfants, pour les parents, pour les enseignants et tout le personnel, mais également pour la communauté entière. Si on peut dire cela ainsi, ce sont 150 enfants et plus de 15 professionnels qui se sont retrouvés à la rue. Personne n’a perdu son emploi, au contraire, on travaille d’arrache-pied, mais n’empêche que nous avons tous perdu un lieu d’appartenance important.

En quoi la communauté a « rapport » à tout ça? L’incendie s’est déclaré vers 19h30 un vendredi soir et le lendemain matin, une page Facebook était déjà mise en place pour soutenir les gens touchés. Pendant que tu étais en train de profiter pleinement de ton samedi matin en faisant la grasse matinée (et c’est ben correct), des gens et des commerçants se sont immédiatement mis en marche pour trouver des moyens de récolter des dons, de redonner aux enfants et de mettre un peu de réconfort dans le cœur des parents. Plus la journée avançait, plus la page Facebook accueillait de gens et plus les dons et les offres se multipliaient.

Voici le bilan seulement une semaine après l’évènement :

  • Tous les effets scolaires; Duo-Tangs, crayons de toutes sortes, cartables, cahiers, ciseaux, etc., entièrement assumés par la seule papeterie de la ville, et ce, pour les 150 élèves de l’école. 
  • Le club optimiste de la ville, ainsi qu’une entente avec Sports Experts offrent un coupon de 30$ pour des nouveaux souliers.
  • Les artisanes de La Sarre offriront un nouveau sac à chaque élève pour les bottes. 
  • Des dons de jouets et de jeux pour les deux classes de maternelle.
  • Des dons en argent. 

Si ça, ce n’est pas de l’entraide, je ne sais pas ce que c’est!

Je n’habite pas une grosse ville, je n’ai pas toutes les ressources accessibles à proximité, je dois parfois faire des achats en ligne pour trouver ce que je cherche et mon choix de restaurants est limité. Cependant, j’habite une ville où les gens sont fiers! J’habite une ville dans laquelle les gens se disent « Bonjour! », même s’ils ne se connaissent pas et surtout, j’habite dans une ville où les gens ont le cœur à la bonne place. J’habite dans une ville où les gens se tiennent debout tous unis lorsqu’un drame arrive. Et pour tout ça, je tiens à dire merci à tous ces gens qui embellissent ma petite ville. Merci pour votre soutien, merci pour votre présence, merci pour vos encouragements et merci de faire preuve d’empathie. Je ne connais pas tous ces gens personnellement, mais je sais une chose; sans vous ma ville ne serait pas aussi belle.

Audrey Pelchat

À propos de Audrey Pelchat

Native du Témiscamingue, elle n’est pas du tout une fille de ville! Un champ rempli de Bambi et de lièvre est plus sa tasse de thé qu’un 3 et demi dans un bloc de 15 étages. En réalité son plus grand rêve serait d’habiter Poudlard et d’y enseigner la botanique, mais pour l’instant elle se contente de son nouveau chez soi en Abitibi-Ouest. Amoureuse à la folie de la série Harry Potter (mais ça vous l’aviez déjà compris) elle mélange souvent le rêve et la réalité. Indécise, rêveuse, passionnée dans ce qu’elle entreprend et généreuse de son temps, elle est amoureuse de la vie autant qu’elle peut avoir les « blues » d’un dimanche pluvieux. Pour s’occuper, elle ne perd pas une seconde à entreprendre un casse-tête, un dessin ou un texte, mais surtout un casse-tête. L’objectif en étant sur Filles du Nord? Vous faire tomber en amour avec le Témiscamingue. Parce que le Témiscamingue c’est magique, c’est simple, c’est beau, c’est chaleureux… C’EST LA VIE. Ce sentiment quand on met les pieds quelque part et qu’on s’y sent tellement bien, et bien c’est son sentiment chaque fois qu’elle y retourne. Tu peux sortir une fille du Témis, mais tu ne peux pas sortir le Témis d’une fille!

6 Commentaires

  • Avatar Véro dit :

    Je viens de ton coin de pays et si ma famille y est toujours, je suis expatriée depuis une quinzaine d’années. Ce vendredi soir-là, j’ai vu un vidéo live de l’incendie. J’allais a l’autre école quand j’étais petite, mais ma sœur travaille dans celle-là et mon cœur s’est brisé en mille miettes. Étant prof aussi, j’ai pensé à mon bureau, aux quinze années de matériel qui s’y trouve, des milliers d’heures que j’ai mis à inventer et fabriquer des jeux, des centaines de $ de mes poches pour m’équiper et j’avais les larmes aux yeux. J’ai commencé à ébaucher un plan pendant la nuit dans ma tête pour soutenir ma sœur de loin, mais le lendemain matin, j’ai vu toute cette mobilisation de la population et j’ai été soufflée! Pas que je doutais des gens de La Sarre, mais fournir le matériel à tous les enfants, leur fabriquer des sacs à bottes, amasser des guitares pour rebâtir un local de musique, sans parler de la collaboration qui semble s’être faite naturellement entre les 2 écoles pour accueillir ces profs et leurs petits, leur faire une place, en quelques jours seulement, c’est juste incroyable! Il n’y a qu’à La Sarre qu’on voit ça 😉

  • Avatar Roger Carrier dit :

    Bonjour Madame Pelchat. Natif de La Sarre je suis très heureux de voir que ma ville se tient debout pour ses enfants. j’aimerais faire un don à mon écoles de jeunesse mais je ne trouves aucun lien pour le faire.

    P.S. Le commentaire qui suis n’est pas négatif mais constructif. Sur votre site web 3 termes seulement en anglais alors que nous sommes au Québec. 1- No comments, 2- par 2 fois By Audrey Pelchat, 3 Leave a reply. Je suis certain que vous pouvez trouver des termes français pour l’est remplacer.

  • Avatar Rejeanne dit :

    Bravo Audrey, des jeunes femmes comme toi, il en faudrait plus 👏🏼👏🏼👏🏼👏🏼👍🏻

  • Avatar Garneau Richard dit :

    Merci de ce beau texte qui est si vrai .Moi je suis de Quebec et j’ai mon garçon et son épouse et mes superbes petites filles qui demeure a LaSarre . Je connais bien l’endroit nous y allons au moins deux fois par année en visite voir notre petite famille .

  • Avatar Hélène dit :

    Wow ! Quoi dire sinon, que je suis fière que tu aies , un coeur aussi pur. Un coeur qui voit la profondeur des gestes petits et grands des gens du coin de La Sarre.
    Je suis partie depuis , bien des années, mais mon cœur est enraciné à ce ce coin de Terre , libre et encore sauvage.
    Merci beaucoup pour ton partage.

  • Avatar Carmen dit :

    Moi aussi je suis fière de mes origines. Ce qui me manque le plus, c’est l’entraide des gens, la communication entre les personnes, l’empathie et la sympathie de notre monde! Ici, dans l’Outaouais, lorsqu’on parle d’Abitibi et que les gens me demandent: “Est-ce que tu connais untel?” Bien là! On reste pas dans des campements au bord du lac Abitibi à faire la pêche chaque jour pour se nourrir. On est dans une de nos villes les plus respectables et il ne nous manque rien du tout! Imaginez, on a plusieurs McDo! (Joke)
    Mais le plus beau, lorsqu’on s’assois dehors avec un verre à la main et qu’un ami passe devant chez nous, il s’arrête pour nous dire bonjour. Pas juste un petit bye bye de la main. On se parle!
    Et puis, que dire de notre cher Lasarrois François Gendron, un ami de la famille, et un ami de tout le monde, même s’il était assis sur la grosse chaise à la Chambre des Communes, on peut le tutoyer et il en est fier. On a du bon monde. Et je dis “On” par nostalgie, car je n’y demeure plus depuis un bon bout. Mais mes racines sont encore là et elles y resteront toujours. Mon fils y demeure encore, donc, j’y vais de temps à autre et j’adore!
    P.S.: Audrey, est-ce que t’as quelqu’un de ta parenté qui a été enseignant en cuisine à la Polyno. Sa femme est Jeannette?

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