fbpx
was successfully added to your cart.

À la croisée des chemins

Été 2000, mes parents m’annoncent que nous quittons l’Abitibi. Toujours une triste nouvelle pour un enfant de déménager, mais en quittant j’accroche une petite partie de mon cœur aux pins blancs du parc de La Vérendrye en me promettant de revenir un jour.

Presque 20 ans plus tard, me revoici, cette fois dans le cadre d’un stage universitaire, heureuse de renouer avec notre douce Abitibi.

Pendant mon séjour, j’ai eu la chance de participer à un grand rassemblement pour la protection de l’Harricana, une importante rivière, ou plutôt fleuve, qui prend sa source dans plusieurs lacs près de Val-d’Or et se jette en mer via la baie James. C’est la deuxième plus longue voie navigable du Canada et elle est aujourd’hui menacée par le tracé d’un projet de pipeline transportant du gaz naturel prévoyant la traverser. En guise de manifestation contre cette exploitation, nous avons brandi les pancartes en chantant notre désaccord puis nous avons canoté sur une longueur d’environ 15 km pour nous retrouver ensuite au pont couvert de Saint-Maurice-de-Dalquier pour discuter des différents enjeux et pistes de solution entourant la protection de l’Harricana. Cette belle initiative citoyenne a mobilisé des hommes, des femmes, des enfants autant caucasiens qu’autochtones, venus de tous les coins du Québec pour exprimer notre désir de préserver ce joyau fluvial tel qu’il est.

Avant de nous mettre à l’eau, nous nous sommes rassemblés en grand cercle et un membre de la nation Anishnabe a récité une prière pour nous protéger pendant la descente. C’est d’ailleurs l’entrelacement des cultures et des communautés qui a rendu si magique ce grand rassemblement.

Le tronçon de l’Harricana que nous avons parcouru a majoritairement un flot tranquille, mais présente aussi quelques rapides, que nous avons pris plaisir à traverser sans trop nous mouiller! Pendant les périodes plus calmes, je laissais mon esprit vagabonder en observant la faune et la flore des berges de la rivière, me rappelant les vacances d’été de mon enfance. J’avais ce sentiment de plénitude, cette nature fait partie de moi et je fais partie d’elle. Puis, j’ai levé les yeux sur ces dizaines d’embarcations qui défilaient une à une et j’ai pris conscience que sur mes souvenirs lointains de l’Abitibi, venait de s’apposer un nouveau récit, celui du futur. Un futur où les peuples reprennent contact avec la nature désireux de restaurer la relation d’entraide d’autrefois. La terre nous a permis d’explorer et d’habiter ses cours d’eau, ses champs, ses forêts. C’est à notre tour de lui tendre la main.

Pour les peuples des premières nations, l’Harricana est une voie navigable ancestrale, encore utilisée pour se déplacer sur le territoire de chasse. Pour les blancs, c’est surtout un cours d’eau de plaisance. Peu importe la raison qui nous tient à cœur, ces chemins se croisent et nous devons avancer ensemble.

Que tu sois une fille du nord, du sud, de l’est ou de l’ouest, je t’appelle, car je sais que tu as aussi « ta » rivière Harricana quelque part et que tu souhaites autant que moi qu’elle reste telle qu’elle est pour toujours. Et pour ça, il faut agir dès aujourd’hui.


Par Cassandre
 

Collaboratrice Spontanee

À propos de Collaboratrice Spontanee

Laissez un commentaire!